PASSEPORT KIMONO



Départ pour le Japon, les billets sont pris pour l’exploration. Embarquement terminal 4 pour découvrir le kimono. Le vêtement d’orient est une véritable expédition en terre du textile sacrée.
Orient Express

Kimono : (n.m) locution japonaise provenant de kiru mono  « chose que l'on porte sur soi ». Le kimono est Le costume traditionnel par excellence du vestiaire japonais. La robe de forme T,  arrivé au Japon au VIIe siècle comme un dessous par l’aristocratie, avant d’être adopté par les samouraïs en vêtement extérieur. Art à part entière réalisé avec talent dans des matériaux précieux et onéreux, il est formé de rectangles de tissus pliés et cousus. Pouvant aller sur les hanches ou tomber jusqu'aux pieds accompagnés de manches très longues, il se porte toujours côté gauche sur côté droit. A l’époque cela permettait de cacher une arme et de ne pas être pris pour mort car ces derniers sont quant à eux habillés dans le sens inverse. La veste japonaise est maintenue par une obi (une ceinture large) nouée dans le dos habituellement, les geishas au contraire la noue sur le devant. Le choix d'un kimono comporte un message social. Il suit des codes : tissu et couleur indiquent les saisons et les phases de la vie. On le choisit selon sa classe sociale, son statut matrimonial, son âge et la formalité de l'événement. Le kimono est vite devenu un vêtement usuel pour la population japonaise. Selon 1001 Kimonos, le vêtement se décline, selon ses composants :

  • le katabira, en fibre de raphia, non doublé, pour l'été,
  • le hitoe, en soie, non doublé, pour l'été,
  • l'uchikake, en soie, doublé et matelassé, sans ceinture, pour l'hiver.
  • Le furisode : kimono à manches longues. Il est souvent en soie, doublé, possède un fin matelassage et des manches longues et pendantes.
Les anciens kimonos sont décorés de paysages vus à vol d'oiseau rappelant les mythes et légendes ou décrivant les animaux parfois magiques, la faune et la flore japonaise (bambou, cerisier, pivoine etc.). Des imprimés qui sont des scènes de la vie, des symboles de vertus pour certains et des images en abyme pour d’autres. A l'époque, les artisans créent des hinagata bon, des catalogues de décor édités chaque année. La cliente sélectionne son motif, le vendeur dessine une esquisse et transmet ce dessin aux artisans. On ne compte même plus les procédés décoratifs qui accompagnent les imprimés du kimono : la teinture appliquée au pinceau ou au pochoir, le shibori usant des coutures, nœuds et pincements permettent d’appliquer la couleur dans les motifs, le yuzen quant à lui trace les lignes de contour et peint dans les zones sensibles, en appliquant éventuellement des dégradés. Parfois, les pigments sont obtenus à partir d'un compost végétal aspergé de saké. Les matières multiples : lin, soie, ramie, fibre du chanvre ou de mûrier et ortie sont accompagnés de tissages variés : crêpe, satin, satin damassé, sergé, taffetas et gaze. Représentant l’universalité du Japon, le traditionnel kimono est ancré dans l’histoire et la culture insulaire, aujourd’hui les Japonais portent couramment des vêtements européens alors que les Occidentaux succombent à la tentation du Soleil Levant.

Tokyo Drift

Au XVIIe siècle l'avènement en France du kimono par le biais du japonisme attire les bourgeoises. Le vêtement qui fût d’abord porté à l’intérieur sort de sa tanière au milieu du XIXe siècle à une époque où Poiret et Vionnet développent le kimono à grande échelle. Au XXe siècle les stylistes japonais à l’instar de Kenzo Takada, Issey Miyake ou Yohji Yamamoto veulent récupérer leur porte-drapeau. En usant des codes de la mode japonaise les européens Yves Saint Laurent, Jean Paul Gaultier, John Galliano donne leur interprétation du kimono à la française. Au XXIe siècle, les personnalités suivent le pas à l’instar de Nicole Richie, Gisele Bundchen et Beyonce se pavanant dans des vestes nippones 2.0 créées par les maisons de luxe Dolce & Gabbana, Gucci ou Louis Vuitton pour ne citer qu’eux. A Paris, l’exposition Kimono-mania au musée Guimet fait grand bruit. Les merveilles de la maison Matsuzakaya constituée depuis le XVIIe siècle sortent pour la première fois de leur placard japonais. Ces merveilles d’orient datent de la période Edo (1603-1868) représentant à eux seules deux siècles et demi d'un univers et une culture prospère.

La démocratisation de la pièce traditionnelle japonaise agrémente nos apparats d’aujourd’hui. L'ascension du kimono dans nos dressings est-elle due à une stratégie marketing visant les acheteurs de l’autre horizon ? Depuis plus de 5 saisons, la veste de mi saison s’empare des défilés printemps-été 2017. Les designers notamment chez Marc Jacobs, Balmain ou encore Etro ainsi que les griffes du prêt-à-porter continu de nous faire chavirer avec cet être aimé. La jeune marque Erebya élabore à la main dans un atelier parisien un mélange alléchant de kimono japonais et de abaya musulman, alors que jonglant aisément entre l’orient et l’occident Diane Goldstein a développé le monoki, des kimonos franco-américains confectionnés à la main et bénite par un chaman amérindien. A contrario, le créateur camerounais de la griffe Wafrica Serge Mouangue  a trouvé ses quartiers en Afrique, en France et au Japon. Piquant, ce mélange dépassant les frontières est plus fort que le wasabi.


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